mercredi 22 février 2017

Des haïkus qui mordent...

  


D’abord il y a Bassho, l’incontournable, le marcheur, tout dans la tension entre joie et douleur, haïku- Bassho, toujours


Ce jour si long-
trop court encore
pour le chant de l'alouette!

Viens
allons voir la neige
jusqu'à nous ensevelir.

Mais aussi, instant-sensation attrapé au vol:


Ce mur quelle fraîcheur
contre la plante de mes pieds
pendant la sieste

Et il y a les haïkus cerisiers-en-fleurs, lune d’automne, instant fugace, classiques mais beaux quand ils sont réussis, sinon disons haïku-planplan, je les aime beaucoup, tous.


Au papillon je propose
d'être mon compagnon
de voyage.
Shiki

Dans le prunier blanc
la nuit désormais
se change en aube 
Busson


Les feuilles tombent
sur les feuilles-
la pluie tombe sur la pluie
Gyodai




Et puis les haikus extasiés devant toutes les fonctions naturelles, le haiku pet-pipi-caca, disons haïku qui pue- non sans humour parfois, pourquoi pas!

Juste en dessous
du ruissellement de la pisse:
des iris
Issa

Au Bouddha
je montre mes fesses
la lune est fraîche !
 Shiki 

Même 
lorsque mon père se mourait
je pétais.
Sokan

Première neige
un sacré trésor
ce pot de chambre!
Issa 

Sa Grandeur l’Abbé

Faisant sa grosse commission

Sur la lande fanée.
Buson





Enfin il y a depuis le 19ème siècle les haïkus des femmes, qui parlent avec simplicité et crûment de leurs corps, de leurs sensations, des seins, du ventre et du sang; je les appellerai les haïkus qui mordent; car ils déchirent en quelques mots des visions, vision de poésie immatérielle, vision de corps lisses et purs, vision de femmes intemporelles.


Disséquant l'abdomen 
de la Vierge Marie
utérus vaguement rouge
un soir d'été
Ei Akitsu

Le trottoir d'asphalte
déchiré: et voilà
une autre homo sapiens
avec les seins gonflés
Ei Akitsu

Le vent souffle, les bosquets de bambous frémissent-
Ah, les femmes marchant
avec leurs ovaires suspendus
qui crient à l'intérieur.
 Ei Akitsu

Mon fils m'attend
de l'autre côté de la rue.
Je vais probablement vieillir
avec cette distance entre nous.
Yuko Kawano

Soudain montant de mes seins,
cachée pour me protéger
du gaz lacrymo:
odeur de citron.

En pleine nuit
rentrant épuisée de l'interrogatoire
- mes règles qui coulent comme une rage.

Marcher dans la rue
avec mes bas tout déchirés, d'où vient
tout ce malheur?
Ei Akitsu






Je donne le sein 
brûlé par la bombe A 
à mon bébé brûlé aussi
Masako Kawakami


Paroles du Japon  Albin Michel
Haiku Anthologie du poème court japonais Poésie Gallimard 
Issa et pourtant, et pourtant Moundarren
A Long Rainy Season Rock Spring Collection ( trad. Lulena) 
Sornettes.free

Photos: Lulena, Christina 

mardi 14 février 2017

samedi 4 février 2017

lundi 30 janvier 2017

Ouvrez les yeux!





                   koe nakuba
 

                sagi ushinahamu
 

                   kesa no yuki
       

            野に山に
     

         動くものなし
   

           雪の朝
  

    
Sur champs et montagnes
 

          rien ne bouge
 

         matin de neige
    

  



       
                     雪 の 枝 

                  夕日 ばさりと

                    落し けり
    
     
           Soleil couchant -

        
       tout à coup la neige 

     
       tombe d'une branche



Atsuko Ishida


      
       

                      はつ雪や

                  もの書けば消え

                     書けば消え

             Première neige

        ce que j’écris s’efface

        ce que j’écris s’efface



         Chiyo-Ni
 


deviantart. com
Sumi-Crow par  Tsukku 



samedi 21 janvier 2017

La verdadera luz- la véritable lumière...


Gatha de Kanzéon

Je prends refuge en Kanzéon,
le bodhisattva qui donne,
le bodhisattva qui révèle les bonnes graines de notre karma.
Grâce à Kanzéon,                           
nous pouvons voir

 la véritable lumière du Buddhadharma.
Grâce à Kanzéon,
nous pouvons purifier notre vie.

En voyant Kanzéon,
nous entrons dans le bonheur éternel;
en répétant le nom de Kanzéon,
nous entrons dans la pure lumière du Bouddha.

De l’aube au couchant,
nous répétons le nom de Kanzéon,
de l’aube au couchant,
nous gardons nos coeurs tournés vers 
Kanzéon.
De l’aube au couchant, nous sommes un avec 
Kanzéon
 
Kanzeon
Tomo refugio en Kanzeon,
aquél que da, aquél quien revela
nuestras buenas semillas del Karma;
gracias a Kanzeon podemos ver
la verdadera luz del Buda Dharma.

Gracias a Kanzeon podemos purificar nuestra vida;
orando Kanzeon entramos en la eterna felicidad:
repitiendo el nombre de Kanzeon,
entramos en la pura claridad del Buda.

De la mañana a la noche
repetimos el nombre de Kanzeon.
De la mañana a la noche mantenemos
nuestros corazones vueltos hacia Kanzeon.
De la mañana a la noche, somos uno con 
Kanzeon.



dimanche 15 janvier 2017

Faire venir l'hiver




Faire venir l'hiver n'est pas bien difficile – surtout ici, sur notre plateau. Il ne part jamais bien loin; tout au long de l'année, il rôde, il tourne, pousse deux ou trois nuages par-ci, une pincée de gel par-là…Si on lui crie bien fort: " Je t'ai vu! Je t'ai vu!", il s'éloigne gracieusement, un sourire dans les yeux, sans le moindre air coupable, le bougre!




Mais vient le moment: sans avoir besoin de nous concerter, nous savons qu'il est temps de le faire revenir et de l'accueillir pour de bon. 
En fait, nous l'aimons bien, cet hiver, même si nous le chassons de temps en temps à cause de son caractère envahissant! 

Nous reprenons les gestes millénaires, transmis de génération en génération. Il faut les faire bien, sans guetter du coin de l'œil, sans échanger de regards entendus avec son voisin, car l'hiver est susceptible, parfois et sa colère pèse lourd sur la terre. Mine de rien, donc, nous commençons: nous allons choisir quelques arbres bien secs dans la forêt et tout le village ensuite apporte les scies, et le pique-nique. Au retour, chacun emporte un tas de branches et d'un bout à l'autre de la montagne résonne le bruit des cognées...



Ça ne rate jamais: quelques jours plus tard, au réveil, une brume légère nous enveloppe, quelques feuilles de cerisier se révèlent tachées de rouge et de jaune. Nous faisons bien sûr comme si de rien n'était et nous continuons à scier et à refendre: on peut presque voir, à chaque coup de hache, une fleur se faner, une feuille tourbillonner vers le sol. 





Il faut alors souvent calmer les jeunes qui resteraient bien là, les yeux écarquillés, plantés dehors: " Tu as vu ça! Ça marche!" " Commence donc à rentrer les bûches", s'écrie le grand-père, et, au passage du petit-fils, à voix basse:" Et ne fais pas l'andouille…"Conseil accompagné d'une bonne claque sur le haut d'un crâne.





Maintenant que tout est bien mis en route, nous pouvons aller chacun à notre rythme: l'un rentre ses dahlias, l'autre prépare le tonneau de sable pour conserver les carottes, chez nous, nous nous activons à râper la choucroute. Et un matin, ah!, avant même d'ouvrir les yeux, nous le sentons, dans le goût de l'air, dans le silence de la terre, dans le chant de la rivière…Les petits se précipitent dehors, sans prendre le temps de mettre leurs chaussures, toute la maisonnée pousse des cris de joie: " Bienvenue! Bonjour! Bonjour!"  Et nous contemplons respectueusement le champ blanc de givre.



Le plus âgé donne la main au plus jeune, et ils s'avancent pour y tracer leurs empreintes, scellant ainsi une fois de plus l'alliance immémoriale de l'homme, de la terre et de l'hiver. 



Ensuite, tranquillement, nous retournons nous coucher et là, au creux de nos draps, nous laissons enfin éclater un grand rire: " On l'a eu! On l'a eu!" …Peut-être parce qu'il est au cœur de l'homme de croire davantage dans la rouerie que dans l'émerveillement…


Et que me reste-t-il à dire? Il en fut ainsi depuis l'époque de nos pères, et des pères de nos pères, mais je n'ignore pas qu'il est maintenant des hommes qui vivent loin des montagnes et des rivières, sans rires et sans jeux, sans cheminées et sans contes. Ils n'aiment ni pluie, ni froid ni chaleur; et j'ose à peine le dire, ils ne croient pas à notre tâche de gardiens. 




Ils prétendent qu'ils dominent le monde, qu'ils peuvent bousculer les saisons, cultiver sans la terre. Ils ne savent pas qu'il faut connaître la marche des montagnes et la douceur des pierres. Ils sont aussi ignorants que de jeunes chevreaux et plus arrogants qu'un troupeau de chèvres! Nous, nous apprenions aux enfants, mais qui leur apprendra, à eux, à aimer cette terre?



Photos: Lulena, Marcelo,  Fineartsamerica

lundi 9 janvier 2017

La neige vient...




En regardant la neige

La neige ne vient pas du ciel
mais d’un lieu plus lointain

Là où nous nous balancions
avant de naître ici

Elle vient du pays natal
où seule une balançoire vide est pendue

C’est pour cela
que nous sommes enchantés
par vos cheveux qui s’effritent au premier rayon de soleil

C’est une voix qui retourne à la vie

Là où notre curiosité
notre silence n’atteignent pas

De ce lieu si lointain
accourt la neige
pour devenir enfin un morceau de couleur


Moon Chung-hee Celle qui mangeait le riz froid Ed. Bruno Doucey

mardi 3 janvier 2017

Hé! Happy New Year!



Tout droit et hop! on y est! 

2017, une année légère- un vélo, quelques carottes et la joie du Dharma! 

Bienvenue! 



Dessin: Devin Amato dans le dernier Buddhadharma




mercredi 21 décembre 2016

Aimer Paris en décembre








Sûrement à cause du fleuve,
peut-être parce que sur une île;
pour la couleur de la pierre,
parce que j'y vois encore les traces 
de tant d'heures, d'années, 
de tant d'hommes au travail, de sueur, de misère, et de joie quand se forme la voûte, 
 de passion - ces arcs-boutants qu'on n'avait jamais vus,
cette provocation,
tous ces regards admiratifs, curieux ou indifférents aussi, 
depuis des siècles;
un jardin,
des enfants qui jouent,
des langues inconnues,
un ciel plus grand que partout ailleurs 
dans cette ville.