vendredi 17 mars 2017

Petit square du 11ème, jour de grand soleil


Petit square du 11ème, hier, jour de grand soleil.





Les arbres   vivre un jour
De l'intérieur le déploiement
Lent du bourgeon   voilà
Tout ce que je voudrais.
   

Les arbres    en avril 
Entrent les rameaux
Comme des papillons
Par la lucarne







Marseille 6 mars




Les arbres   le poème
Tout ensoleillé échange
Quelques fleurs
De saison


Les arbres    j'étais né 
A l'intérieur des branches
Sous l'écorce vive du temps
Au coeur secret du monde




Les arbres    cet oiseau
De la plus haute branche
Qui soudain fuit et meurt
Dans la lumière droite





Les arbres   vous aimeriez
Devenir vraiment oiseaux
Que ce chant soit enfin le vrai
Feuillage que vous portez






Les arbres    à Kyoto
 Chemin des philosophes
Que tombent sur mes songes
Les premiers pétales d'avril








Les arbres   en mai
L'illusoire certitude
D'avoir toujours été
Pur déploiement 




Extrait de : Me voici forêt J.P. Denis 
 ed Le Passeur

Photos: Lulena- Pierre






mercredi 8 mars 2017

11 mars: dernier don du Maître

  
Moriyama Daigyo Roshi



La présence du Maître, la voix du
Maître.
 

A travers le bruit de la pluie, la fleur qui tombe, les journées grises, la flamme de la bougie, la paix de la salle de méditation.
Le geste d'offrande de l'encens. 
Gassho.
La présence du Maître ne s'efface pas.

Je me souviens avoir pensé, il y a longtemps, alors qu'il était encore en vie: "Si je ne peux pas voir mon Maître dans chaque arbre de cette forêt, dans chaque feuille, dans chaque brin d'herbe, c'est que je n'aurai rien compris, non pas à son enseignement, mais à ce qu'il est, à ce que suis."


La voix résonne dans la tête, dans le coeur, dans le souffle. 
La voix ne s'éteint pas.


Chaque syllabe des soutras est chantée à travers mon Maître.
Chaque son de cloche, chaque battement du mokugyo, 
chaque mot du Dharma portent sa voix,
m'éveillent: 
pas de souvenirs, mais un écho, une résonance.

De coeur à coeur.

Le rire de mon Maître.


Et, quoiqu'on ait ressenti de gratitude pour tout ce qui était donné joyeusement, librement,
voir maintenant comme c'était peu, comme c'était pauvre.


Dernier apprentissage, dernier don du Maître:
notre coeur n'a pas de limites
- seulement celles que nous posons.

Joshin Ni



Moriyama Roshi, Joshin Sensei, Jokei Sensei, Brésil, mars 96.



mercredi 22 février 2017

Des haïkus qui mordent...

  


D’abord il y a Bassho, l’incontournable, le marcheur, tout dans la tension entre joie et douleur, haïku- Bassho, toujours


Ce jour si long-
trop court encore
pour le chant de l'alouette!

Viens
allons voir la neige
jusqu'à nous ensevelir.

Mais aussi, instant-sensation attrapé au vol:


Ce mur quelle fraîcheur
contre la plante de mes pieds
pendant la sieste

Et il y a les haïkus cerisiers-en-fleurs, lune d’automne, instant fugace, classiques mais beaux quand ils sont réussis, sinon disons haïku-planplan, je les aime beaucoup, tous.


Au papillon je propose
d'être mon compagnon
de voyage.
Shiki

Dans le prunier blanc
la nuit désormais
se change en aube 
Busson


Les feuilles tombent
sur les feuilles-
la pluie tombe sur la pluie
Gyodai




Et puis les haikus extasiés devant toutes les fonctions naturelles, le haiku pet-pipi-caca, disons haïku qui pue- non sans humour parfois, pourquoi pas!

Juste en dessous
du ruissellement de la pisse:
des iris
Issa

Au Bouddha
je montre mes fesses
la lune est fraîche !
 Shiki 

Même 
lorsque mon père se mourait
je pétais.
Sokan

Première neige
un sacré trésor
ce pot de chambre!
Issa 

Sa Grandeur l’Abbé

Faisant sa grosse commission

Sur la lande fanée.
Buson





Enfin il y a depuis le 19ème siècle les haïkus des femmes, qui parlent avec simplicité et crûment de leurs corps, de leurs sensations, des seins, du ventre et du sang; je les appellerai les haïkus qui mordent; car ils déchirent en quelques mots des visions, vision de poésie immatérielle, vision de corps lisses et purs, vision de femmes intemporelles.


Disséquant l'abdomen 
de la Vierge Marie
utérus vaguement rouge
un soir d'été
Ei Akitsu

Le trottoir d'asphalte
déchiré: et voilà
une autre homo sapiens
avec les seins gonflés
Ei Akitsu

Le vent souffle, les bosquets de bambous frémissent-
Ah, les femmes marchant
avec leurs ovaires suspendus
qui crient à l'intérieur.
 Ei Akitsu

Mon fils m'attend
de l'autre côté de la rue.
Je vais probablement vieillir
avec cette distance entre nous.
Yuko Kawano

Soudain montant de mes seins,
cachée pour me protéger
du gaz lacrymo:
odeur de citron.

En pleine nuit
rentrant épuisée de l'interrogatoire
- mes règles qui coulent comme une rage.

Marcher dans la rue
avec mes bas tout déchirés, d'où vient
tout ce malheur?
Ei Akitsu






Je donne le sein 
brûlé par la bombe A 
à mon bébé brûlé aussi
Masako Kawakami


Paroles du Japon  Albin Michel
Haiku Anthologie du poème court japonais Poésie Gallimard 
Issa et pourtant, et pourtant Moundarren
A Long Rainy Season Rock Spring Collection ( trad. Lulena) 
Sornettes.free

Photos: Lulena, Christina 

mardi 14 février 2017

samedi 4 février 2017