dimanche 22 février 2015

Mêler ma voix...





Mêler ma voix...



Janvier, aube: la forêt est immobile, calfeutrée sous la neige. Pas un souffle de vent ce matin, le monde repose en gris et blanc, tout relief disparu, happé par le silence; à peine un effleurement de lumière, la-bas, à l'est – un rose si ténu, si pâle, qu'il n'est peut-être qu'une espérance de lumière...







Un matin qui, comme tous les matins, nous accueille dans le silence: assis dans la salle de méditation pour un temps de contemplation, un temps de recueillement, dans la lumière dorée des bougies.

Résonne la petite clochette qui annonce la fin de la première méditation. Nous déplions la longue toge qui va recouvrir nos robes monastiques, grand rectangle marron ou ocre, mais toujours couleur terre, que nous allons porter pendant la cérémonie qui conclut l'entrée dans la journée nouvelle.

 







Nous accompagnons nos gestes d'un chant, le premier chant, les premières paroles que nous prononçons depuis le lever.
Cette joie de mêler sa voix à celles de tous les autres...



Parfois nous sommes deux ou trois, parfois une dizaine, mais qu'importe! Chaque matin, c'est tout l'espace qui s'ouvre et nous reçoit; c'est tout le corps qui à la fois s'enracine et s'élève, et si je ne sais comment cela se fait, je peux témoigner qu'il en est ainsi!






 C'est la respiration qui, devenue souffle,me traverse et me relie à l'infini; c'est une transparence de soi qui n'est pas effacement mais pure présence lumineuse .
C'est la joie radieuse de « l'être-ensemble » qui nous emplit.









Ce fut une surprise et une découverte pour moi que ces chants lorsque j'arrivai au monastère au Japon. J'y fus tout de suite sensible, me sentant à ma place juste, et tout le jour, le chant se poursuivait pour moi en écho de silence.


Devenue nonne, j'appris qu'il ne m'était plus permis d'écouter de la musique; que grosses cloches, petites cloches, tambours, clochettes ainsi que le son caverneux du « poisson de bois » qui rythme les récitations allaient constituer tout mon univers sonore. On m'expliqua que l'esprit se nettoie à abandonner un moment la rumeur du monde.


Et, petit à petit, je perdis toute envie de chanter autre chose, comme si tous les airs fredonnés jusque là n'étaient que répétition pour ce chant de joie; toutes les paroles n'étaient que brouillon pour ce chant dans une langue qui m'était jusque là inconnue ...
Comme si tout cet élan que j'avais connu, de chanter par un beau matin sur un chemin, ou dans ma voiture, de fredonner dans la cuisine ou dans le jardin, se concrétisait là, à cet instant, dans un seul chant,chant de dévotion, chant d'ouverture, chant qui dit la gratitude, tourné vers le Bouddha, tourné vers tous ceux et celles qui ont chanté, ici, avant moi, le même matin, le même encens, la même joie...

Et cette joie ne peut qu'être totale, englobant tous ceux qui la partagent: voix des moines chrétiens qui s'élèvent vers le ciel, voix graves des lamas ouvrant une porte intérieure au centre de soi-même, voix claires des enfants qui se donnent tout entiers à cet instant...

Depuis, chaque matin j'explore cet espace, accompagnée par toutes les voix du monde, et j'y compte les murmures de la rivière, les frissonnements des grands pins, le chuchotis des taupes et les galopades des souris!




Rilke, en vrai poète, en visionnaire, avait pressenti cet émerveillement: « A travers tous les êtres s'étend l'unique espace, espace interne du monde...Les oiseaux volent en silence à travers nous...» 






Images:
Sancturay without walls Katharine Houk
flickr.com
bisbeelotussangha.org 
Pierre pour  les merveilleux nuages...
 

dimanche 15 février 2015

15 février: Parinirvana du Bouddha






La Journée du Parinirvana est une commémoration bouddhiste célébrée en Asie du sud Est, parfois le 8 février, mais plus souvent le 15.
C'est le jour où le Bouddha a achevé le Parinirvana, ou Nirvana total, à la mort de son corps physique.
Le Parinibbana Sutra décrit les derniers jours du Bouddha, et est souvent lu dans les temples à cette occasion.
C'est aussi un jour de réflexion sur l'impermanence et les Enseignements.












 Il est dit que lorsque le temps de sa mort approcha, le Bouddha s'allongea sur un lit préparé entre deux arbres Sala, la tête vers le nord, et le visage vers l’ouest, sa main droite servant d'oreiller.
A ce moment-là, les fleurs s'épanouirent, et commencèrent à tomber pour le recouvrir.
 L'histoire raconte comment de nombreux disciples, hommes et femmes de tous âges, et aussi oiseaux et animaux se rassemblèrent soupirant de tristesse.
Le Bouddha donna son dernier discours , exposant la Loi fondamentale: même si le corps physique meurt, le Dharma n'est pas relié au temps: pour voir le Bouddha, il suffit de voir le Dharma.
Ainsi enseigna-t-il à ses disciples les Préceptes et la façon de conserver la Voie du Bouddha.
Ce sermon est appelé en japonais Yuikyogo, le dernier Enseignement de Shakyamuni Bouddha.

www.treeleaf.org ( traduction Lulena)







Le Bienheureux dit :



Qu'attendez-vous encore de moi, ô Ananda, pour la communauté des bhikkhus ? J'ai enseigné

la Doctrine sans faire aucune distinction entre l'ésotérique et l'exotérique. Dans les enseignements du Tathagata, ô

Ananda, il n'y a rien de semblable au poing fermé du maître. (...)
. Je suis arrivé à la fin de mes jours. Je suis âgé de quatre-vingts ans. Tout comme, ô Ananda, un vieux char ne peut continuer à servir qu'à grand renfort de courroies, je perçois que le corps du Tathagata ne peut marcher qu'à l'aide de soins.
 C'est seulement quand le Tathagata, sans attention à aucune image mentale, demeure dans la"concentration mentale dépourvue de tout signe indicatif" dans laquelle toute sensation a cessé d'exister, c'est seulement alors que le corps du Tathagata est à l'aise. Demeurez donc, ô Ananda, en faisant de vous-même votre île ; demeurez faisant de vous-mêmevotre refuge, mais de personne d'autre. Demeurez en faisant de la Doctrine votre île ;demeurez en faisant de la Doctrine votre refuge, mais de rien d'autre.






Quand le 3ème quartier de la nuit approcha, le Bouddha demanda trois fois à ses disciples s'ils avaient des doutes sur l'enseignement ou sur la discipline. Les bhikkhus restèrent silencieux. " Personne, Ananda, n' a de  doutes. Tous atteindront au final l'Illumination"
le Bouddha prononça alors ses dernières paroles: " Ecoutez, Bhikkhus: tout ce qui est composé est impermanent, sujet à la décomposition, et à la mort.
Travaillez avec diligence à votre libération."





http://www.matthieuricard.org/blog/posts/kusinagar-le-lieu-ou-le-buddha-atteint-le-parinirvana



Quand il arriva à Koushinagar avec ses disciples, le Bouddha alla dans le bois de Sala dont le propriétaire, un chef de caravanes marchandes, avait pour lui une grande dévotion. Là, entre deux paires d’arbre d’une taille inhabituelle, Shakyamouni se coucha sur le côté droit, dans la position du lion, le visage tourné vers le Nord.



Comme approchait la troisième veille de la nuit, le Bouddha demanda par trois fois à ses disciples s’ils avaient encore des questions à poser sur ses enseignements ou sur les règles de discipline. Devant leur silence, il prononça la célèbre exhortation « L’impermanence est inhérente é toutes choses. Travaillez à votre propre liberté avec diligence ». Ensuite, passant par les différents états d’absorption méditative, Shakyamouni entra en Mahaparinirvana. La terre trembla, des étoiles filantes traversèrent le ciel, le ciel s’enflamma dans les dix directions et une musique céleste emplit l’espace. Le corps du maître fut lavé, revêtu de robes monastiques, enveloppé de mille linceuls et placé dans un cercueil de matières précieuses.







 Sur le site actuel on y trouve le Temple du Nirvana et le Stoupa construit plus tard sur le site du Paranirvana, ainsi que les ruines de plusieurs monastère.

  Sala: fleurs de camélia...



Images:

dubaisrilanka2013.blogspot.com, shunya.net, windhorseart.com 


mercredi 11 février 2015

Bonheur





« Je n’ai pas besoin de faire la chasse aux moments extraordinaires 
pour trouver le bonheur. 



Il est juste devant moi si je veux bien y faire attention
 et pratiquer la gratitude. »   

—Brene Brown

mardi 3 février 2015

Les cinq petites (?) illuminations








Les cinq petites (?) illuminations :







- Regardez ! 


 Regardez la beauté, et l'espace...
regardez le ciel,
 et les oiseaux, et le visage des autres, 
et la terre. 







Regardez avec vos yeux vos yeux humains, qui choisissent et avec vos yeux de Bouddha, qui acceptent tout.



 

- Faites confiance !  

Confiance en votre force, confiance dans les autres, et surtout confiance dans votre vraie nature. 











 Faites- vous confiance 
pour savoir reconnaître  ce qui mène vers la lumière...















 -Soyez fragile ! 

Acceptez cette fragilité humaine qui fait que nous dépendons sans cesse des autres, comme ils dépendent de nous.






Laissez naître la compassion devant cette fragilité, et accepter le fait que vous devrez recevoir autant que donner.










- Arrêtez-vous !  


Prenez le temps de respirer, de marcher, de sentir, d'apprécier...







Prenez le temps laisser votre esprit-singe se calmer, s'asseoir, s'endormir..











Que vous manque-t-il à cet instant précis, 
pour que vous soyez obligé de courir ?






- Mettez la beauté dans votre vie! 



 Une photo d'une statue de Bouddha qui vous 
 inspire, 







un salut devant l'océan ou une fenêtre ouverte, 





un temps pour remercier avant un repas, 





quelques pas en silence, 




une respiration,


















 le désir de partager cet instant avec tous les êtres...






Photos: merci comme toujours aux fidèles: Liliane, Marylise, Pierre, Yvon et Anne, Marie
et aussi: <houseofkingsandpriests> pour la belle photo de ces mains ouvertes, et <pointdereference.free.fr>





















Les murs des villes

A la dixième lune lorsque le vent  disperse les feuilles rouges sans autre raison tout paraît triste Fujiwara no Takamits...