mercredi 29 mars 2017

Soyez curieux, aimez la diversité!

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  La composition des mondes P.Descola

 Ce que notre planète a de singulier, c’est que des centaines de millions d’années d’évolution ont rendu possible une prolifération de formes de vie,
de modes d’être, de types d’interactions absolument prodigieuses. 


Et dans une minuscule partie de cette très longue évolution apparaît l’histoire des sociétés humaines 
 qui nous semble déjà très longue et d’une grande richesse aussi.



S’il y a quelque chose d’admirable et d’infiniment précieux dans ce qui est peut-être l’exception de l’univers qu’est la terre, c’est précisément cela: 



c’est d’avoir été le support et la condition de cette multiplicités de formes d’existence non humaine et humaine. 








S’il y a donc une valeur à défendre en soi, c’est à dire une valeur normative et détachée de toute fonction utilitaire, une valeur unique parce que ce à quoi elle s’attache n’existe peut être nulle part ailleurs et s’est révélée très fragile, c’est bien celle de la diversité et de toutes les expressions où elle peut se manifester - 






diversité des organismes, diversité des modes de vie, des manières de faire et de communiquer, 



des manières de produire et de raconter, des manières de s’agréger et même de se détruire.




La composition des mondes, et le rôle sans pareil qu’y jouent les humains, c’est aussi cela: à partir de la diversité des éléments offerts à leur perception et à leur entendement, ils ont, en combinant ces éléments d’une myriade de façons, encore augmenté la diversité que les premiers hominidés avaient trouvé.




(…) C’ est ce que nous devons défendre, ce à quoi nous tenons vraiment, parce que vivre dans un monde où les formes de vie, les formes de pensée, les langues, les façons de se relier au monde, 




varient infiniment, est une source de joie et un défi pour pour la paresse de l’esprit






et que cette diversité là nous apporte la surprise et l’émerveillement




la possibilité de faire de notre vie une suite de petits bonheurs suspendus aux fils du hasard.




Un monde monotone et monochrome (…) est un cauchemar.
 





Car exister, pour un humain, c’est différer.






La composition des mondes P.Descola Ed. Flammarion

vendredi 17 mars 2017

Petit square du 11ème, jour de grand soleil


Petit square du 11ème, hier, jour de grand soleil.





Les arbres   vivre un jour
De l'intérieur le déploiement
Lent du bourgeon   voilà
Tout ce que je voudrais.
   

Les arbres    en avril 
Entrent les rameaux
Comme des papillons
Par la lucarne







Marseille 6 mars




Les arbres   le poème
Tout ensoleillé échange
Quelques fleurs
De saison


Les arbres    j'étais né 
A l'intérieur des branches
Sous l'écorce vive du temps
Au coeur secret du monde




Les arbres    cet oiseau
De la plus haute branche
Qui soudain fuit et meurt
Dans la lumière droite





Les arbres   vous aimeriez
Devenir vraiment oiseaux
Que ce chant soit enfin le vrai
Feuillage que vous portez






Les arbres    à Kyoto
 Chemin des philosophes
Que tombent sur mes songes
Les premiers pétales d'avril








Les arbres   en mai
L'illusoire certitude
D'avoir toujours été
Pur déploiement 




Extrait de : Me voici forêt J.P. Denis 
 ed Le Passeur

Photos: Lulena- Pierre






mercredi 8 mars 2017

11 mars: dernier don du Maître

  
Moriyama Daigyo Roshi



La présence du Maître, la voix du
Maître.
 

A travers le bruit de la pluie, la fleur qui tombe, les journées grises, la flamme de la bougie, la paix de la salle de méditation.
Le geste d'offrande de l'encens. 
Gassho.
La présence du Maître ne s'efface pas.

Je me souviens avoir pensé, il y a longtemps, alors qu'il était encore en vie: "Si je ne peux pas voir mon Maître dans chaque arbre de cette forêt, dans chaque feuille, dans chaque brin d'herbe, c'est que je n'aurai rien compris, non pas à son enseignement, mais à ce qu'il est, à ce que suis."


La voix résonne dans la tête, dans le coeur, dans le souffle. 
La voix ne s'éteint pas.


Chaque syllabe des soutras est chantée à travers mon Maître.
Chaque son de cloche, chaque battement du mokugyo, 
chaque mot du Dharma portent sa voix,
m'éveillent: 
pas de souvenirs, mais un écho, une résonance.

De coeur à coeur.

Le rire de mon Maître.


Et, quoiqu'on ait ressenti de gratitude pour tout ce qui était donné joyeusement, librement,
voir maintenant comme c'était peu, comme c'était pauvre.


Dernier apprentissage, dernier don du Maître:
notre coeur n'a pas de limites
- seulement celles que nous posons.

Joshin Ni



Moriyama Roshi, Joshin Sensei, Jokei Sensei, Brésil, mars 96.



Les murs des villes

A la dixième lune lorsque le vent  disperse les feuilles rouges sans autre raison tout paraît triste Fujiwara no Takamits...